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Larguer les amarres

Il est des îles inaccessibles... Lire

Il est des îles inaccessibles
Bordées de côtes impossibles :
Rochers acérés,
Falaises déchiquetées,
Récifs tourmentés…

Pourtant, nous rêvons, un jour, d’y poser le pied.
Nous espérons nous y amarrer tout doucement
Pour nous reposer lascivement
A l’abri de mers déchaînées.

Il est des îles inaccessibles
Bordées de côtes impossibles.
Pourtant, nous finissons un jour par y poser le pied.
Nous découvrons alors des mondes,
Des mondes insoupçonnés,
Des mondes imaginés
Et des mondes, parfois même, sacrifiés.

Il n’est pas d’îles inaccessibles
Bordées de côtes impossibles
Seulement les remparts de nos vies,
De nos mémoires
Que nous voulons protéger à l’infini
Pour ne pas les laisser voir
Pour ne pas les laisser deviner
A de quelconques étrangers,
Étrangers de nos histoires
Que nous voudrions à tout prix oublier.

Il n’est pas d’îles inaccessibles
Bordées de côtes impossibles,
Mais seulement le poids de nos passés
Dont nous devons apprendre à nous libérer.

 

Extrait de mon histoire de famille

15 février 1928 : Clémentine, Salomé Warion est allongée sur le lit... Lire

15 février 1928 : Clémentine, Salomé Warion est allongée sur le lit, les bras délicatement posés sur les draps, le corps soutenu par des oreillers. Un peu pâle, mais souriante, elle contemple le nouveau-né qu’elle a porté pendant neuf mois et qui vient de s’endormir auprès d’elle : le petit Henry Édouard Antoine Quiquandon, mon père. Il ne se doute pas, en ces heures sereines que son chemin le mènera loin, mais au prix de multiples douleurs.

                Clémentine, elle, étrangement repense à son frère Édouard, ce frère qu’elle a adoré, chéri de toute son âme. Élève de la célèbre École Boule, il lui avait offert une bague, un anneau pris dans un éclat d’obus, là-bas, du côté de Verdun, un peu comme une espérance tirée de ce champ d’horreurs, de ce champ de sang, de larmes et de souffrances.

                Combien de moments heureux avait-elle partagés avec lui ? Elle ne les avait pas comptés : les chahuts dans la chambre de la grande maison de Noisy, les courses folles le long des allées du jardin, le grain jeté en l’air mais destiné aux poules, fierté de leur mère…En ces minutes si particulières, Clémentine pouvait presque sentir le parfum des roses qu’ils humaient tous les deux, le soir, après l’école.

                Et puis, il y avait eu cette visite du maire, le 25 août, un vendredi, le cri de sa mère qui l’avait glacée jusqu’au sang, sa course dans l’escalier, presque à tomber pour entendre : « mort le 31 juillet suite à des blessures de guerre au bois bourrus à Verdun ». Elle aussi, elle avait crié : « NON ! », avant de s’effondrer sur la dernière marche, les yeux en raz de marée, la douleur au cœur et au ventre. Édouard, ce n’était pas possible, ce ne pouvait pas être. Tout ceci n’était que pure folie. Il allait revenir, la serrer dans ses bras. Il n’avait que 21 ans, la vie devant lui, des espoirs d’amour, des rêves de réussite. Sa route ne pouvait pas, ne devait pas ressembler à cette impasse. C’était par trop injuste cette guerre insensée et folle qui avait fauché son grand frère, l’homme qu’elle admirait le plus avec son père.

               
Pourtant, soudainement, elle avait réalisé que le temps de l’enfance était irrémédiablement perdu. Avec la mort d’Édouard, elle venait de refermer la porte d’un paradis. Elle n’avait que seize ans et se sentait déjà comme une femme adulte, marquée par toutes les expériences de la vie.                
               

 

 

Noël

Pakistan : Une petite fille travaille, Travaille dans le vent... Lire

Pakistan :
Une petite fille travaille,
Travaille dans le vent.
Six ans !
Inlassablement,
Elle prend
La terre qui la meurtrit
Le terre qui la tuméfie.
Seconde après seconde,
Minute après minute,
Heure après heure.
Les gestes se répètent
Les bras font mal
Le corps souffre et hurle une douleur
Qu’elle ne veut pas entendre
Qu’elle ne PEUT pas entendre !

 

Parfois, pourtant, elle s’arrête
Cassée en deux, pliée
Par une quinte de toux
Qui l’essouffle et qui l’étouffe.
Elle passe sa main sur son front
Blesse sa joue
De raclures, de coulures humides
Qui la travestissent
Qui l’enlaidissent et l’asservissent.
Elle devient terre, elle devient briques !

 

France :
Une petite fille se lève
Les yeux encore embués de sommeil
Après ce court réveil.
Six ans.
Fiévreusement, elle saute du lit,
Descend quatre à quatre les marches de l’escalier en chêne
de la maison de ses parents.
Toute la famille est là, près du sapin
Le sapin de Noël qui dégueule de cadeaux.
Lumières, couleurs, odeurs des croissants qui réchauffent dans le four.
La petite fille ne les voit pas, ne les sent pas
Elle se jette sur ses proies
Attrape un paquet
Déchire le papier
L’envoie balader
Derrière elle,
Comme ça sans égard, sans même un regard.
Elle jette un œil sur le contenu
Qu’elle ne voit plus
Elle est déjà sur l’autre,
Celui d’après
Que bientôt elle ne regardera plus…non plus !

 

Les parents attendris essuient une larme :
-Qu’elle est mignonne notre petite Émilie !

 

La petite fille a froid
Mais un feu la consume,
La petite fille a faim
Mais aujourd’hui encore, elle ne mangera rien.
Avant, elle doit gagner sa vie
Noël, elle ne connaît pas
Noël, elle ne sait pas
Noël, elle ne connaîtra pas
Noël, elle ne saura pas…jamais !

 

La petite fille du Pakistan est morte, morte à six ans !

 

Pendant ce temps, la petite Émilie pleure,
Pleure le cadeau qu’elle n’a pas eu
Au milieu des dix paquets défaits
Déchirés, déchiquetés
Pleure le cadeau qu’elle n’a pas eu,
Sans savoir que, là-bas
Loin, très loin de ses joies, de ses malheurs
Survivent des enfants qui n’ont pas le choix,
Meurent des enfants qui n’ont pas connu un seul instant de bonheur,

Ni une seule joie.

 

Bonheur simple

Course dans les bois, cette odeur à nulle autre pareille... Lire

Course dans les bois, cette odeur à nulle autre pareille : humus, mousse, écorces pourries chauffées par cette fin d’été. Le soleil par moment, se faufile entre les branchages, éclairant au passage quelques feuilles dont certaines commencent à prendre les chaudes teintes de l’automne : rouge, jaune, ocre, marron et c’est un flamboiement de carnations, de nuances qui jaillissent, éclatent et vibrent.

 Et puis, d’un seul coup, une fragrance, une fragrance particulière, forte, insistante, persistante. Le regard se baisse et IL est là, planté au milieu du sol, chapeau d’un marron noir appelant à la caresse, pied pansu et ventru d’un blanc éclatant poussant à l’étreinte de la main.

                A la recherche du cèpe, je me sens exister, libre des soucis, ivre de sensations : couleurs, odeurs, bruits avec le crissement des feuilles mortes sous les pas, le craquement sec des bois tombés à terre, le bourdonnement des insectes, le bruissement que le vent doux fait naître au-dessus de ma tête, sans parler des départs brusques de chevreuils ou des sifflements mécontents d’oiseaux dérangés.

                La vie est là, en moi et autour de moi, harmonie avec la forêt que je sens respirer comme un seul être. Plénitude. Je retrouve la vue, je retrouve l’espoir.

                Il est de ces matins où l’on revient de loin, où le bonheur est tout simplement à cueillir à portée de la main…

 

2ème prix au concours « L'Art au pied de la lettre »,
catégorie poésie libre – Thiers – 5 mai 2006.

 

 

Extrait d'un texte intitulé "En vie"

Il faut maintenant que je  bouge, que j’avance... Lire

Il faut maintenant que je  bouge, que j’avance. Mes pas me conduisent vers le torrent qui bouillonne, ivre d’eau, de force, saoul de tourbillons qui jaillissent, s’explosent sur les rochers, puis retombent plus déterminés que jamais à poursuivre leur course folle au fil du lit travaillé, creusé, comme sculpté par la main magicienne de la nature et des éléments.

Un cri monte dans ma gorge du plus profond de moi, un cri indomptable : mon âme a explosé la porte ! Je ne retiens rien et je hurle, non comme une bête blessée, mais comme une vie sauvée. Je hurle et le tumulte de l’eau emporte mon cri. Sans fin, je hurle, je hurle, heureuse d’avoir enfin retrouvé ma source d’existence.

Le vent se lève et participe à la ronde démente des énergies réveillées. Ses soldats lancés au triple galop envahissent la forêt, vacarme tout d’abord assourdi puis ensuite véritablement assourdissant. Les arbres immobiles se défendent, finissent par plier, presque au sol, se redressent, repartent en courbures violentes, désespérées. Je me noie dans ce bruit, tumulte de fin du monde, noyade exaltée et exaltante. La pluie, le torrent, les larmes, le vent, mon cri : la VIE !

 

Extrait de "Valtaïr et les voleurs d'harmonie"

L’étoile Valtaïr, cousine de la Terre rayonnait de mille couleurs... Lire

L’étoile Valtaïr, cousine de la Terre rayonnait de mille couleurs tout en glissant sur son orbite, ainsi qu’elle le faisait depuis des millénaires. Elle n’était comme aucun autre des astres de la galaxie. Entourée de sept satellites qui l’habillaient de couleurs absolues, elle abritait en son sein une nature luxuriante, généreuse, aux teintes incomparables, aux odeurs mêlées et enivrantes, aux textures et matières innombrables. Des millions d’animaux vivaient au cœur de ses plateaux, de ses montagnes, de ses plaines, en parfaite harmonie les uns avec les autres.

Dans les mers, des crustacés, des mollusques, des poissons et des mammifères coulaient des jours heureux dans une eau claire et limpide, à faire pâlir de jalousie celle de la mer des Caraïbes sur Terre ! Il n’était pas rare d’y voir l’orangé côtoyer le mauve, le bleu flirter avec le vert. Ainsi, les couleurs paraient les océans et même certains de leurs habitants d’une telle beauté que l’on ne pouvait que rester muet en les admirant. Des bancs de poissons multicolores jouaient avec les dauphins et les baleines, se poursuivant, sautant hors des flots en des ballets d’une rare intensité. L’eau jaillissante retombait alors en un foisonnement de gerbes de gouttelettes argentées. Celles-ci s’accompagnaient de claquements harmonieux qui se terminaient en murmures courant le long de la surface!

Le ciel, lui non plus, n’échappait pas à cette profusion de nuances. Le plus souvent d’un bleu limpide, il pouvait se vêtir de roses, de jaunes, de violets vifs et éclatants. Parfois même de petites touches de vert jade venaient inonder l’espace de son inoubliable magnificence. Des oiseaux, du plus petit au plus grand, tournoyaient sans cesse, emplissant les cieux de mélodies, de mélopées toujours joyeuses. Les cétacés leur répondaient du fond des mers avec des sons d’une telle perfection que tous finissaient par pleurer de joie en les entendant !

« Harmonie » était donc le mot qui résumait le mieux Valtaïr !

 

 

Extrait de "Bilouba"

Pendant ce temps là, Bilouba, caché par une feuille regardait autour de lui... Lire

Pendant ce temps là, Bilouba, caché par une feuille regardait autour de lui avec un effarement qu’il n’essayait même pas de masquer ! Les boîtes de toutes les nuances et de toutes les formes s’arrêtaient ensemble devant un pilier qui changeait de couleur sans avertir personne ! Elles repartaient souvent dans un vrombissement sans nom, semblant devoir faire la course en lâchant des pets nauséabonds. Quand l’une d’entre elle avait le malheur de s’endormir avant de redémarrer, des sons stridents sortaient du devant des boîtes placées juste derrière elle ! Et malheur à celui qui n’avait pas de ces étranges véhicules et qui souhaitait passer d’un trottoir à l’autre !

 

Sur ceux-ci justement, des hommes et des femmes se croisaient, sans un regard les uns envers les autres. Certains se tenaient l’oreille tout en bredouillant des paroles que Bilouba ne comprenait pas. Il pensa qu’ils se parlaient à eux-même avant de voir qu’ils tenaient une toute petite machine au creux de la main. Celle-ci semblait les couper encore un peu plus de leurs congénères, chacun paraissant enfermé dans une bulle étanche au reste du monde. Pourtant, on disait l’homme intelligent, même plus intelligent que tous les animaux réunis. Décidément Bilouba ne comprenait pas car ce qu’il voyait lui parlait plutôt de bêtise, de solitude, mais aussi et surtout de dysharmonie. Peu de ces bipèdes semblaient heureux de vivre et la majorité d’entre eux avait bien mauvaise mine ! Aussi mauvaise que le platane qui les avait accueillis au creux de son feuillage !

Il en était là de ses pensées lorsqu’il leva un peu la tête. Son regard plongea au delà d’une fenêtre ouverte. Effaré, il vit alors des humains assis et d’autres en face, enfermés dans une boîte, en couleur, elle aussi. Fasciné, il fixait cette image, sans savoir d’ailleurs que ce qu’il regardait n’était pas réel. Stupéfait, il vit un homme sortir un outil et le pointer vers un autre qui s’écroula alors qu’une grande tache rouge lui maculait le front. Puis, ce fut un deuxième et un troisième humain qui mourut ainsi. Bilouba ne pouvait comprendre autant de violence et de cruauté gratuite car apparemment, cela n’était même pas pour se nourrir ! La nature, SA nature que l’homme présentait comme cruelle et violente n’avait pourtant pas atteint un tel degré d’inhumanité. Bilouba avait presque envie de dire d’ « inanimalité », le terme lui semblant plus juste !

 

 

 
 
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